Migration cloud : la techno n'est jamais le problème.
En quinze ans de migrations, je n'ai jamais vu un projet dérailler à cause de l'outil. Il déraille à cause de ce qu'on a refusé de regarder avant.
En quinze ans de migrations, je n'ai jamais vu un projet dérailler à cause de l'outil. Il déraille à cause de ce qu'on a refusé de regarder avant : les intégrations, la donnée, les dépendances qu'aucun schéma ne documente.
Le cloud est devenu un réflexe. On migre parce que le contrat on-prem arrive à échéance, parce qu'un comité a tranché, parce que le concurrent l'a fait. Et on traite la migration comme un déménagement : on emballe, on transporte, on rebranche. Sauf qu'une plateforme CX n'est pas un carton. C'est un nœud d'intégrations — CRM, facturation, WFM, outils maison vieux de dix ans — et c'est précisément là que tout se joue.
La techno se choisit en une réunion. L'intégration se découvre en six mois.
Genesys, Amazon Connect, un autre éditeur : le choix de plateforme occupe 80 % des comités et 20 % du risque réel. L'inverse est vrai pour l'intégration. Personne ne veut financer les quatre semaines de cartographie qui révèlent que la remontée fiche client passe par un script que plus personne ne maintient. Alors on les saute. Et on les repaie au prix fort le jour du cutover.
Le cas qui m'a marqué.
Un leader du luxe européen — multi-sites, exigence de disponibilité proche du 99,99 % — a voulu aller vite. Décision en mars, Go-Live visé en septembre. La plateforme était la bonne, l'équipe compétente. Mais personne n'avait audité les dépendances entre l'ancien SVI et le CRM. Trois applications critiques n'étaient pas prêtes pour le cloud. Interruptions en production, escalades client, Go-Live repoussé de cinq mois. Le coût du retard a dépassé celui de l'audit qu'on avait jugé superflu.
Quatre semaines d'audit d'intégration coûtent moins cher qu'une semaine de Go-Live raté.
Ce que je fais avant de toucher à quoi que ce soit.
Avant la moindre décision technique, on cartographie l'écosystème : quelles applications parlent à la plateforme, dans quel sens, avec quelle latence acceptable, et lesquelles tombent si la migration glisse. Cette carte n'est pas un livrable de confort. C'est elle qui dit si septembre est tenable, ou si c'est une fiction de slide.
La migration cloud n'est pas un projet technique. C'est un projet de dépendances. Celui qui les a listées avant de partir arrive à l'heure. Les autres expliquent en COPIL pourquoi le Go-Live glisse.
L'AUTEUR
Yassine Rogui
Président d'ExpertiaX. 18+ ans en CCaaS. Ancien NTT, Orange Business. Écrit en français, parfois en anglais, jamais en jargon.
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Le PDF qui résume cet article et les 11 autres pièges. 6 pages.